Déjà 3 générations de joueurs de didgeridoo en France !

Dans Débutants : commencez-ici par Gauthier Aubé12 Comments

Depuis bientôt 20 ans, le didgeridoo a rassemblé en France, juste après l’Australie, la communauté de joueurs la plus importante au monde. À l’heure actuelle, la France est le pays le plus dynamique pour souffler dans le biniou ! Alors avec toutes ces années, un certain nombre de joueurs ont développé leur propre approche du didgeridoo. Je vous propose donc un petit tour de France des joueurs qui ont marqué, et marquent encore, le paysage du didgeridoo français !

La musique évolue au fil des générations et le didgeridoo n’échappe pas à cette règle. A bien y regarder, on peut regrouper ces joueurs en trois grandes générations : la première, la seconde et enfin la troisième (plutôt logique non !?). Cette classification vous aidera certainement à mieux comprendre l’évolution du didgeridoo en France. Bien sûr, ce bref exposé est écrit de façon très subjective et c’est complètement assumé ! Mais sachez que j’ai essayé d’être (quand même !) un peu objectif. Je ne prétends donc pas proposer un article exhaustif et je m’excuse par avance pour les joueuses et joueurs potentiels que j’aurais oubliés, les commentaires sont là pour les ajouter. 😉

La première génération de joueur en France

Jamiroquaï a lancé au milieu des années 90, la grande mode du didgeridoo dans le monde. À ce moment-là, on ne trouvait que des bambous de mauvaise qualité, mais comme toute mode cela a touché le plus grand nombre.
À cette époque, certaines personnes se sont investies dans le didgeridoo. Soit ils connaissaient déjà l’instrument, soit ils l’ont découvert avec le tube de Jamiroquaï. Je précise que cet article est dédié aux solistes français de didgeridoo, un article viendra sur les groupes qui ont marqué le didgeridoo. En effet, citer tout ce beau monde ici risquerait de surcharger l’article !

Phillip Peris

Phillip Peris est d’origine malaysienne. Il a vécu en Australie et vit en France depuis la fin des années 80. Nul ne saurait contredire son influence sur les joueurs actuels. En effet, nous sommes nombreux à avoir découvert le didgeridoo grâce à son album solo que l’on trouvait dans toutes les Fnac de France et de Navarre. Il était inscrit un texte sur la jaquette qui disait à peu près cela : « Un solo de 26 min sans s’arrêter de souffler ! ». C’était effectivement plutôt vendeur !
Phillip Peris a un jeu que l’on appellerait aujourd’hui de old style (même si je ne comprends pas trop ces étiquettes !) : le son est rond et basé sur les harmoniques avec des respirations fluides, peu d’attaques langues, des vocalises très présentes et peu de sur-vibrations. Voici ce qu’il donne sur scène.

Christophe Mad’dene

De la même génération que Philip Peris, on trouvait aussi dans les années 2000 des albums de Christophe Mad’dene. Le son est ici plus mate, avec un jeu de joues beaucoup plus présent, les albums de Christophe Mad’dene sont souvent accompagnés de percussions. Je me rappelle qu’à l’asso de Dijon, Greg, mon mentor de l’époque nous racontait qu’un jour il avait rencontré un des élèves de Mad’dene. Il nous disait qu’il parvenait à faire trois survibrations avec une facilité déconcertante !
Nous étions tous impressionnés ! Il faut dire qu’à cette époque les jeux étaient plus dans la rondeur et moins dans les attaques langues et autres sur vibrations (cette partie fût développée par les pays de l’Est). Voilà le morceau que j’ai certainement le plus écouté de Christophe Mad’dene !

Alexandre Bartos

Alexandre Bartos est un des premiers à avoir sorti une méthode de didgeridoo en France (avec Paul Baudoin) à la fin des années 90, début des années 2000. Ces deux méthodes ont permis à beaucoup de joueurs de progresser. Je n’ai pas entendu beaucoup d’enregistrement de sa part, mais cela vaut le coup de connaître son nom. Il avait, comme beaucoup à cette époque, un son plus dans les basses, plutôt mat avec des respirations fond de langue. Cependant au-delà du didgeridoo, Alexandre Bartos est designer de sons et créateur sonore, il joue des dizaines d’instruments traditionnels.
Malheureusement, je n’ai pas trouvé de vidéo d’Alexandre Bartos…

Raphaël Didjaman

Raphaël Didjaman fût, avec Phillip Peris, un des premiers à avoir introduit et diffusé le didgeridoo en France. Il a sorti plusieurs albums mélangeant le didgeridoo avec différentes couleurs sonores comme notamment des sons électros mais aussi avec de la poésie, tirée en autres, de l’œuvre de Rimbaud.

Sylvestre Soleil

Sylvestre Soleil a commencé à jouer en 1998. Dès lors il va croiser une des premières associations françaises sur le didgeridoo : Vent du rêve. Il commence l’année suivante à y donner des cours et fonde le groupe « Drum’n didg » (deux didgeridoos + batterie). Deux albums seront enregistrés, mais ils sont actuellement très difficiles à trouver. Il a été cofondateur du festival « Le Rêve de l’Aborigène ». Son jeu est certainement le plus dynamique de sa génération. On commence à sortir de la nappe harmonique pour aller vers des rythmes pêchus et qui bougent ! Il joue actuellement dans Hypnotic Trio.

Kristian Jyoti

Kristian avait à l’époque un jeu très atypique et ce que j’ai entendu de lui m’a beaucoup marqué. En fait, c’est le premier que j’ai entendu développer les KOUF (un son qui rappelle un peu la batterie) dans le didgeridoo. C’était sur un album que l’on trouvait à la Fnac qui avait quatre morceaux de didgeridoo suivi des chants traditionnels d’Océanie, je crois. D’après ce que l’on m’a dit Kristian, s’était fait voler les droits d’auteur de ces quatre morceaux. Dans tous les cas, l’un d’eux était vraiment génial, au point que je l’ai repris à ma façon dans mon premier album « Terre inconnue ».
Je ne sais pas si Kristian joue encore du didgeridoo, mais il est toujours autant imprégner du Yoga et d’équilibre / jongle (impressionnante) de boules de cristal.

La deuxième génération

Au début des années 2000, nous avons été de nombreux joueurs, portés par le lancement du festival du « Rêve de l’Aborigène », et quelques années plus tard par le forum France-didgeridoo, à commencer à souffler. S’inspirant des albums que l’on trouvait à l’époque, nous avons continué la recherche entamée par nos aînés. Cette dynamique allait donner naissance à des styles bien marqués puisant dans différentes techniques allant des wobbles (technique de respiration) au beat-box en passant par un son clair et précis. Les bases du jeu à la « française » étaient en train de naître. Petit tour d’horizon des joueurs de ma génération.

Othello Ravez

Le jeu d’Othello est plein de souplesse et de subtilité. Il développe de plus en plus les massages sonores au didgeridoo ainsi que les concerts méditatifs. Il a monté aussi un chouette projet accompagné d’autres musiciens : Oloji.

Jasper

Cela fait longtemps qu’on n’a pas entendu Jasper sur scène ! Je ne sais pas si il continue à jouer ou non… En tout cas, à l’époque il était certainement le joueur le plus rapide dans ses attaques langues… Il avait une vitesse d’articulation vraiment impressionnante !

Zalem et Adèle

Zalem et Adèle sont certainement le duo de didgeridoo le plus connu. Ils ont su créer un duo dans lequel chacun à sa place. Zalem, alliant le beat box avec le didgeridoo, s’occupe de la partie rythmique, tandis qu’Adèle apporte des harmoniques, de la voix et des survibrations pour une approche plus mélodique. C’est une présentation un peu courte, mais l’idée est là !

Kelu

Certainement, le joueur qui a le plus associé le beat-box au didgeridoo. Il a une technique impressionnante dans la combinaison des deux. Au fil des années, Kelu s’est forgé une vraie réputation de « bûcheron » comme il se dit dans le monde du didgeridoo. Entendez par là, un joueur qui joue vite, fort avec une technique à couper le souffle ! Il a aussi monté son groupe depuis peu : Kosmoz… Et à écouter le projet, j’ai bien l’impression que l’ami Kelu semble se poser avec les années. 😉

Agustina Mosca

Agustina a grandi en Argentine, mais étant donné qu’elle est en France depuis quelques années maintenant, on ne peut nier son influence sur le didgeridoo français. Son jeu est plus porté sur les rythmiques d’Amérique latine. Si vous êtes à Paris et que vous passez devant le Centre Pompidou, vous aurez peut-être la chance de l’entendre jouer. Elles se partagent la place avec Adèle !

Gauthier Aubé

Il est toujours délicat de se citer soit même ! Là se trouve les limites de participer au mouvement et d’en écrire un peu de son histoire. Si vous me lisez, vous connaissez certainement mon jeu. Pour résumer, j’aime particulièrement la clarté du son, raconter des histoires, laisser vivre le didgeridoo en le laissant se développer et bien sûr j’affectionne tout particulièrement manger du chocolat. Très important le chocolat pour bien jouer du didgeridoo.

La troisième génération

Vers les années 2007 / 2008, une troisième génération de joueur commence à naître. La plupart de ces joueurs sont issus d’associations locales, de stages et d’événements liés au didgeridoo. Par exemple, à cette époque, les organisateurs du festival du « Rêve de l’Aborigène » organisaient un (gros !) stage de trois jours chaque année dans le château d’Airvault. Il rassemblait 45 élèves, 3 profs et ce pendant 3 jours. C’était très intense, mais cela impulsait une sacrée dynamique !
Voici donc cinq joueurs qui ont su allier les techniques de notre génération pour créer leur propre approche !

Tom B

Colas

Kid

Underground Cosmic Didgs

Un duo formé par Adrien et Julien qui s’est monté depuis une petite année et qui a de belles idées de compo ! D’ailleurs si vous souhaitez les soutenir, ils ont besoin de nous pour leur album.

Conclusion : s’imprégner et d’approprier

En analysant un tant soit peu les trois générations, on se rend vite compte que le son au départ était plus caverneux, plus terrien et plus rond pour arriver aujourd’hui à une vibration plus claire (harmoniques) et plus saccadée (wobbles et beat-box).
Il est amusant de voir chaque joueur s’imprégner des influences précédentes et de se l’approprier pour se forger son propre style, et ce dans un contexte générationnel. J’ai présenté ici les joueurs français, mais il y a bien sûr d’autres influences comme celles européennes ou encore australiennes.

Tout cela peut nous questionner sur la suite du didgeridoo… Quel style peut encore émerger au vue de l’évolution de ces 20 dernières années ? Quelle sera la génération suivante ??

Qu’en pensez-vous ? Comment imaginez-vous la suite du didgeridoo ?!
Partagez vos impressions !

Crédit photo de gauche à droite : Phillip Peris / Adèle et Zalem / Adrien

About the Author

Gauthier Aubé

Salut ! Je m’appelle Gauthier Aubé et je suis passionné de didgeridoo. J’ai commencé à souffler à la fin de l’année 2001. Et avec le temps, la pratique du didgeridoo est devenu mon métier. Une vraie chance ! Depuis, j’ai sorti deux albums, écrit un livre pour apprendre à jouer et inventé le jeu de carte Wakatou pour créer ses propres rythmes au didgeridoo. Bonne lecture à tous !

Commentaires

  1. Pour avoir commencé le didg en même temps que Sylvestre et avoir fait partie des débuts de l’asso « vent du rêve », il y a aussi Thierry Van de Candelaer (désolée pour l’orthographe ! qui a joué aussi dans drum ‘n didg) et Pierre Navelou (qui a joué dans Adidjio). 🙂

    1. Auteur

      Merci Nadia pour avoir compléter. 🙂 J’en ai certainement oublié quelques autres !

  2. L’article a été rapide à lire, mais il va me falloir des semaines pour aller tout écouter !
    Merci pour ces découvertes super inspirantes, long live Didjeridoo !

    1. Auteur

      C’est vrai qu’en 20 ans il s’en passe des choses. 🙂 Bonne découverte à toi !

  3. Chouette article!
    Le reve de l’aborigène a porté la 2°Génération, le Didg to didg stimule la 3°, hâte de voir comment la 4° va arriver. =)

    Concernant Jasper, j’ai adoré « SOUNDS OF ATLAS » il y a quelques années.
    Aujourd’hui, il reprend la scène avec son groupe « Yélé », magnifique mélange avec un guitariste et un chanteur burkinabé.

    1. Auteur

      Merci Kid pour les précisions sur Jasper, je n’étais pas au courant qu’il avait un projet à l’heure actuelle…
      Et pour les deuxième et troisième générations, c’est vrai que l’on peut dire ça. Chaque génération à son évènement. 😉

  4. Merci pour cet article Gauthier, je sais ce que ça représente comme travail car j’en écrit aussi!! J’ai appris plein de truc, merci encore 🙂

    1. Auteur

      Merci de prendre le temps de le dire, c’est vrai que c’est du boulot mais j’en apprend aussi beaucoup ! 🙂

  5. Super article Gauthier, je viens d’en prendre plein les oreilles, Haaa ce bon Phil Perris entre autre, et Jasper que j’avais rencontré à Byron Bay en 2000 et il commençait à peine, un sacré gars, Merci à toi 😉
    Nicolas Fourré (Belgique)

    1. Auteur

      Salut Nicolas, moi aussi Peris me rappelle beaucoup de souvenirs de cette époque du didge. 🙂

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