Didgeridoo et apnées du sommeil

Dans Musique et santé par Gauthier Aubé14 Commentaires

En 2006, une étude effectuée à Zurich a montré qu’une pratique régulière (20 minutes par jour) de didgeridoo pendant trois mois diminuait les apnées obstructives du sommeil (SAOS).

Je donnais déjà des cours de didgeridoo à cette époque. J’avais donc entendu parlé de cette étude mais je n’avais pas eu l’occasion d’enseigner à des élèves souffrants d’apnées du sommeil. Ca n’est qu’en 2008, lorsque je donnais des cours à la MJC Montchapet de Dijon (21) que j’ai vu arriver Robert venant apprendre le didgeridoo pour chasser ses apnées ! Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’au bout d’un an de pratique ses apnées étaient passées de 64 à 43 apnées par heure, puis un an plus tard de 43 à 17. Le tout sans perte de poids ! Alors ? Le didgeridoo une alternative à la CPAP ? Oui mais sous certaines conditions !

Un didgeridoo chez les médecins

Au bout de deux ans de pratique du didgeridoo, Robert avait donc réussi à se libérer de toutes ses apnées obstructives ! En effet les 17 restantes étaient des apnées centrales. Pendant cette période il a pu me mettre en relation avec le Docteur Kabeya et l’ABIR (Association Bourguignonne des Insuffisants Respiratoires) pour que l’on puisse former un groupe test. J’eu donc la chance d’enseigner le didgeridoo entre 2009 et 2010 à un groupe de dix personnes volontaires souffrant de SAS. Dans ce groupe d’étude, les élèves ayant pratiqué régulièrement leur instrument ont vu leurs apnées divisées par trois au minimum ! Il y a donc eu encore des résultats très encourageants.

Comment cela fonctionne-t-il ?

La plupart des apnées obstructives du sommeil sont dues à un manque de tonus musculaire de la langue. Celle-ci tombe dans le fond de la cavité buccale pendant la période de sommeil provoquant une obstruction qui empêche l’air d’atteindre les poumons. La langue est donc l’élément central de la plupart des SAS. C’est là que cela devient intéressant. Car au didgeridoo c’est exactement la même chose : la langue est au centre de toute la technique de l’instrument. Ainsi jouer du didgeridoo devient tout simplement de la ré-éducation : le joueur en apprenant l’instrument se fera les muscles ! Il existe un mouvement qui semble être très efficace c’est de prononcer la voyelle i dans le didgeridoo car tout le fond de langue vient se plaquer contre les dents. Quant au souffle continu il ne semble pas nécessaire pour avoir des résultats. En effet certains des élèves ne l’utilisaient pas et ont obtenu une diminution significative de leurs apnées. Cependant malgré ces résultats très prometteurs, on ne doit pas occulter la contrainte majeure du didgeridoo, à savoir la pratique quotidienne.

Les limites de la méthode

Toute méthode à ses inconvénients et le didgeridoo n’échappe pas à cette règle. Même s’il est vrai que Robert et d’autres élèves ont su trouver la motivation de pratiquer le didgeridoo quotidiennement, ça n’est malheureusement pas le cas pour tout le monde. De 2012 à 2015 j’ai donné des cours individuels au centre médical Médimarien à Bruxelles en collaboration avec le kinésithérapeute Arthur Schuiten dans le cadre des apnées du sommeil et des ronflements. Pendant ces trois ans, peu d’élèves ont su trouver la motivation réelle de jouer. Il faut savoir que les débuts au didgeridoo sont souvent laborieux. Et j’ai pu remarquer que si la personne ne se donnait pas les moyens de réussir le premier mois alors elle risquait de s’arrêter dans les semaines suivantes. Bien que la plupart des personnes qui pratiquent régulièrement sentent un mieux être au bout de quelques semaines, il faut compter plusieurs mois avant d’avoir des résultats tangibles. Le didgeridoo est donc un marathon là où certaines personnes se préparent pour un sprint.

Les apnées du sommeils

Les apnées du sommeil se résument par de micro-arrêts respiratoires lors du sommeil. Ces arrêts peuvent aller de 10 à plus de 60 par heure empêchant la mise en place du sommeil profond. La personne se réveille alors fatiguée comme la veille car le corps ne s’est tout simplement pas reposé. Cela engendre divers symptômes comme :
• Une sensation de fatigue,
• de l’irritabilité,
• une diminution de sa libido,
• des états dépressifs.

Le plus insidieux dans cette histoire c’est que le sujet n’a pas conscience de ses apnées. Pour cette raison peu de personnes sont prises en charge. Il existe deux grands types d’apnées du sommeil :
Les apnées centrales : elles découlent d’un dysfonctionnement neurologique. Le cerveau n’informe plus correctement comment contrôler la respiration.
Les apnées obstructives : elles sont souvent associées à une obésité ou à un problème d’ordre métabolique. Dans ce cas précis, la personne lutte contre une obstruction des voies aériennes supérieures (nez, bouche, pharynx, larynx).
C’est dans ce cas précis que la pratique du didgeridoo peut être intéressante.

De l’enthousiasme avant tout

Le didgeridoo nécessite donc de la motivation et de la rigueur au moins le premier mois. Car si beaucoup s’arrêtent d’autres continuent et s’accrochent. En fin de compte ceux qui comme Robert, ont joué régulièrement sont les élèves qui sont tombés amoureux du didgeridoo. Cela leur a permis de changer leur point de vue sur l’instrument, le voyant non plus comme « quelque chose à faire » mais comme un loisir, un moment de détente, un moment pour eux.

Ce qui est important c’est la détermination que vous avez et la volonté de vous donner les moyens. Heureusement un didgeridoo ne coûte pas grand chose (voir «quel didgeridoo pour commencer»). Vous ne perdez donc rien à essayer afin de voir si cela vous convient. Vous pouvez aussi télécharger le guide du débutant pour bien commencer votre apprentissage ! N’hésitez pas à poser vos questions et à partager votre expérience dans les commentaires ci-dessous, je me ferai un plaisir d’y répondre !

À propos de l'auteur

Gauthier Aubé

Salut ! Je m’appelle Gauthier Aubé et je suis passionné de didgeridoo. J’ai commencé à souffler à la fin de l’année 2001. Et avec le temps, la pratique du didgeridoo est devenu mon métier. Une vraie chance ! Depuis, j’ai sorti deux albums, écrit un livre pour apprendre à jouer et inventé le jeu de carte Wakatou pour créer ses propres rythmes au didgeridoo. Bonne lecture à tous !

Commentaires

  1. Hello Gauthier, ton site est vraiment super! Plein de bon conseils et d’infos passionnantes.
    Puisque je suis sur la page souffle, je me suis rendu compte que l’on peut inspirer avec la respiration continue mais aussi souffler ! C’est pratique quand on se gonfle de plus en plus dans son jeu comme moi, ça permet de faire souffler la cocote minute tout en faisant toujours du son! (c’est une bonne astuce de débutant!).
    A bientôt 😉
    Pascal

    1. Auteur

      Salut Pascal, et merci pour ton commentaire ! Quant à l’astuce de souffler plutôt que d’inspirer, c’est vrai que c’est une solution qui fonctionne bien. En revanche au didgeridoo, le défi est de prendre juste la quantité d’air nécessaire. Souffler pendant le souffle continu est donc une technique pour rattraper une « erreur » faite en amont : celle d’avoir pris trop d’air. 🙂

  2. Moi c’est les ronflements qui me gêne ainsi que ma compagne 🙂 ça va bientôt faire 2 ans que je ne peux plus souffler… cause deux opération de la mâchoire, je viens d’entamer des séances orthophoniste, je me suis fait opérer des mâchoires justement pour éviter de futur problèmes d’apnée du sommeil entre autre choses… bref plein de choses, quelques années de didgeridoo avec une mâchoire du bas trop en retrait mon conduit à une hypertonie de la langue…
    Du point de vu de l’orthodontiste qui s’occupe de moi il n’est pas question pour le moment que je re-souffle alors que l’orthophoniste me dit que ça pourrait me muscler la langue comme il faut…

    Bref je me suis toujours posé la question de l’impact du didgeridoo sur les dents et la sphère orale de manière général je sais que les instruments à vent sont catégoriser d’une certaine façon en fonction de leurs impact stomatologique « classification de strayer » mais le didgeridoo et le guimbarde ni figure pas… Mon analyse perso c’est que moi ayant une mauvaise posture de la langue et une mâchoire trop arrière et plusieurs années de didgeridoo (avec des pics à 5h par jour à un moment) mon conduit à cela, c’est pas la faute au didg hein ! Bref je suis content de lire ce genre d’article qui prouve qu’avec une bon tonus et une bonne musculation de la langue on arrive à corrigé pas mal de choses…

    Bonne continuation au plaisir de se recroiser à Airvault 🙂

    1. Auteur

      Merci Girou pour ce retour d’expérience. Je ne connaissais pas la « classification de Strayer », j’ai jeté un œil, ça à l’air très intéressant !
      Et pour la pratique du didgeridoo, je ne pensais pas que sa pratique pouvait mener à une hypertonie pathologique de la langue… Merci pour l’info.
      Dans tous les cas, je te souhaite de pouvoir re-soufler un jour ou l’autre et au plaisir de se voir à Airvault !

      1. Je viens de retomber sur ce poste x mois après 🙂 j’avais pas reçu de notification…
        Je porte encore mon appareil orthodontique, j’ai finit ma réduction ma langue se place bien comme il faut, je re-souffle un petit peu 🙂 mais la reprise est dure après 2 ans d’arrêt complet, et le changement de ma mâchoire : avancer de 1.8cm les 10 premières minutes fut compliquées 🙂 le temps de retrouver les bonnes sensations et la bonne pression surtout que au début ma lèvre du bas était encore partiellement paralysée, étonnamment le souffle continu à été retrouvé de suite, j’avais un peu peur à ce sujet là…
        Mon orthophoniste qui est également souffleuse et un ami à elle qui se propose de m’apprendre le chant diphonique m’encourage à souffler en me disant que ça peut être que bénéfique niveau musculation / langue.
        Mon hypertonie de la langue viens d’un ensemble de facteur, mâchoire en retrait, langue qui a pris trop de place, béance des dents du bas (j’avais les dents du bas en mode dents du bonheur!) avec la langue toujours entre les dents… maintenant que tout est équilibré ça devrait aller mieux, déjà je ronfle plus du tout 🙂 ça c’est bon signe pour madame ! Et avec les exercices et un contrôles permanent j’ai corrigé pas mal de choses.
        J’ai finis mon pavé.
        Et au plaisir de se croiser à Airvault mon fils fera son premier festival cet année en même temps que ses 3 ans 🙂

  3. Bonjour ! Je souffre d’apnées du sommeil et j’aimerais faire partie de groupes test pour jouer du didgeridoo et agir ainsi sur mes apnées du sommeil.
    Est-ce que vous connaissez des services médicaux qui s’intéressent à cette pratique ?
    Sinon, y aurait-il un joueur de Didjeridoo sur Paris qui serait prêt à me donner quelques cours ?
    Merci !

    1. Auteur

      Bonjour Muriel,
      Il y a malheureusement peu de groupes test en France. Pour dire vrai, à part mon expérience, je n’en connais pas d’autres…
      Mais vous pouvez tout à fait apprendre le didgeridoo et voir si cela à une incidence sur vos apnées.
      À Paris, il y a l’association vent du rêve qui se regroupe chaque semaine : http://www.ventdureve.net
      En revanche, c’est en associatif donc je ne sais pas si vous aurez vraiment des cours à proprement parlé.

      Autrement, j’ai l’habitude de donner des cours sur Skype, ce qui fonctionne très bien : https://gauthieraube.com/cours-de-didgeridoo-ligne/
      J’ai pas mal d’élèves qui apprennent le didgeridoo pour chasser les apnées. 🙂

  4. Pingback: Top 10 des conseils pour arrêter de ronfler, votre entourage vous dit merci ! | DrinkMeetiz

  5. Bonjour, article très intéressant et les commentaires aussi.
    Il y a une revue très intéressante qui s’appelle médecine des arts où les pathologies éventuelles de la mâchoire causées par la pratique des instruments à vent sont expliquées:
    http://www.medecine-des-arts.com/fr/article/douleurs-orofaciales-et-pratique-d-un-instrument-de-musique-et-du-chant.php

    J’en conclus qu’une pratique modérée du didgeridoo peut aider à tonifier et repositionner la langue (+ peut-être des effets intéressants au niveau du pharynx) mais qu’il faut être prudent sur les pratiques intensives quand on a des soucis de malocclusion, position des atm etc.
    Par contre, je ne suis pas convaincu sur les bienfaits de la voyelle « i » pour la position de la langue. Dans les exercices de kiné maxillofaciale la langue au repos est positionnée juste au dessus des dents supérieures et beaucoup d’exercices se font pointe ou corps de la langue au palais. Je verrais plutôt les voyelles « o » et « u » mais comme je ne suis pas joueur de didgeridoo, je peux me tromper. Par ailleurs il se trouve aussi que le « om » (du yoga) est très intéressant pour la position de la langue et la détente des muscles de la mâchoire.
    En tout cas, le sujet mérite d’être approfondi car souffrant de la mâchoire et d’apnée et membre de groupes de patients, je constate que beaucoup sont démunis et contraints à des traitements approximatifs voire pire ou des opérations chirurgicales non sans risque.

    Je partage sur ma page « acoustique musique musicothérapie ».

    1. Auteur

      Merci pour ce partage, j’irais voir ces deux liens. 🙂
      Pour le I, la seule conclusion à l’IRM que j’avais passé en jouant était que le I permet de ramener toute la langue sur l’avant. Ce qui a pour effet de contracter l’arrière de celle-ci, partie qui n’est souvent pas assez musclée chez les personnes souffrantes d’apnées obstructives du sommeil. Mais tout cela demanderait à être plus approfondis… !

    1. Auteur

      Pas certains d’avoir compris ce que vous vouliez dire… 🙂

  6. J’ai des apnées centrales du sommeil, en jouant du didgeridoo, cela pourrait-il m’aider à les réduire ? Même si c’est plus efficace pour les apnées obstructives ? Merci pour la réponse.

    1. Auteur

      Bonjour Patrice,
      Malheureusement à ma connaissance , le didgeridoo n’agit pas sur les apnées centrales mais uniquement sur les obstructives. En effet, c’est vraiment la ré-éducation de la langue qui fait son effet… Mais si vous avez quelques obstructive, le didgeridoo peut s’avérer efficace !

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